Retour sur Basia Bulat à Montréal en Lumière

By February 22, 2016 No Comments

J’ai peine à cacher l’emballement ressenti d’enfin pouvoir assister à une performance musicale ailleurs qu’au Metropolis. Club Soda, il y a longtemps que je t’aime. Expectative d’une foule moindre et toujours plus d’accès à de l’espace. Maintenant, respirez!

JOHN JACOB MAGISTRY

C’est le groupe montréalais John Jacob Magistry qui décida d’ouvrir la danse avec « Carol », morceau ne me rejoignant pas du tout, considérant le texte trop simpliste et les quelques touches d’électro pop me rappelant curieusement une annonce télévisée de Labatt. Rien d’extravagant.

Le groupe poursuivi avec « (Nothing) stole my heart », rythmée, avec notes de banjo inattendues qui dédramatisaient la finesse mélodramatique espérée. C’est la prochaine, « Voices from the other side », que j’ai préférée, me faisant réaliser que j’avais probablement besoin de plus d’essence, celle qui fait réfléchir et qui laisse l’émotionnel avoir prépondérance sur le rationnel « Dunk my head in a kitchen sink/Drowned my faults in a matter/I pick my feet up and walk away». Ah! Aux trois quarts de la chanson, c’est le doux solo du guitariste qui réussit à capter l’attention du parterre, comme la mienne d’ailleurs. John Jacob Magistry charme davantage avec ses ballades.

En observant attentivement, on distinguait un public de partisans, plutôt que de Grands Explorateurs, qui me semblaient plutôt présents pour encourager Johnny Griffin, ancien guitariste du bien-aimé groupe The Franklin Electric. Avec son windbreaker des 80s, il cadrait plus ou moins avec le reste des membres du groupe en noir pour le Bal. On notait toutefois une connivence admirable entre la violoniste et lui: les deux m’ont semblé les plus passionnés, les plus reliés, peut-être plus facile pour eux à exprimer de manière explicite considérant leur plus grande valeur vocale. C’est « Kings » qui réussit à sortir du lot un peu plus au niveau de l’originalité, mais soutenant tout de même l’inégalité des beats des différents morceaux, effet ressenti tout au long du spectacle.

Somme toute : de belles harmonies, beats de drums naissants, des castagnettes. Ce n’est toutefois pas ce que j’appelle la gamme complète de mélodies quand on compare à la prochaine prestataire –l’« expérimental » du « indie/rock expérimental » parfois absent- mais tout de même une sonorité et un entraînement bienséant. 

EN GALVANISANT L’AUDITOIRE.

En sachant déjà que son dernier album, « Good advice », était produit par Jim James de My Morning Jacket, on m’avait charmé à l’avance, car il est peu dire que je me suis facilement épris de ce dernier, spécialement dans « Bermuda Highway » et « Golden », que j’affectionne tout particulièrement. J’ai donc fébrilement passé à travers les dix morceaux de l’album à saveur de confiture jusque-là non associée à Basia Bulat, et on m’a demandé mes trois préférées : «Infamous », « The Garden » et « Someday Soon ». Ridiculement dans mes cordes.

J’étais donc impatiente de revoir cette auteure-compositrice-interprète (respect!) que j’avais pour la première fois découverte en première partie de « The Head and the Heart » au Théâtre Corona en 2014. Difficile de ne pas s’exclamer à quel point ses chansons vous rentrent directement dans les tripes, mais on ne lui en veut pas. C’est tout à son honneur.

La chanteuse seule au micro, valsant presque au long de ses couplets, nous suffisait. C’est toutefois la richesse des différents sons offerts par les multiples instruments qui m’émerveillait le plus. Elle savait manipuler la guitare acoustique, le tambourine, le clavier, le piano de longue date et le charango bolivien avec dextérité et délicatesse. Avec ce dernier instrument, elle s’est dévoilée à travers « It can’t be you » et ses notes andines, qui a facilement conquis le cœur léger des spectateurs. Admirable.

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Toujours enthousiaste de poursuivre avec un nouveau morceau et lâchant même quelques fous rires avant le prochain en réalisant à quel point elle avait saisi la foule par les (…), Basia Bulat témoignait de sa joie de vivre, et nous la transmettait. Puis, tous les autres musiciens ont déserté la scène pour faire briller la primadonna de ses paillettes d’or, une main sur son autoharpe, en parfaite symbiose avec les faisceaux lumineux intensifiant l’intimité dans laquelle elle était plongée avec les spectateurs.

Malgré la puissance du synthétiseur retrouvé chez « Good Advice », la chanteuse a tout de même pris le temps de nous offrir le folk qui nous plait, singing away the sorrow and regrets. Elle-même qualifie son album puisé du désir et de la rédemption, morceaux simples sans grandes déclarations parce qu’à travers tant d’émotions, tout le monde peut concevoir et tout le monde peut interpréter. Avec beaucoup d’assurance, elle poursuivit avec sensibilité et émotion sous une voix chevrotante avec « Tall Tall Shadow » de l’album du même nom – nominé « Album adulte alternatif de l’année » aux Junos en 2014 . Basia Bulat la phosphorescente, la pétillante ravit finalement les auditeurs en leur allouant leurs demandes spéciales : «Paris or Amsterdam », «Five, Four» et « In the name of ». «Heart Of My Own» et «Run» ont aussi été offertes en compagnie de Tim Kingsbury (Arcade Fire) qui joint la scène le temps d’un morceau. Jamais trop d’orgue.

À la toute fin du spectacle, elle confia qu’elle n’arrivait pas à croire qu’elle en soit rendue à son quatrième album et qu’elle ait autant de succès. Je me pince et ça me fait mal. On en veut davantage.

About Noémie Bond

Née à Québec, Noémie est maintenant une montréalaise de cœur. C'est avec passion qu'elle se dédie à temps partiel aux critiques musicales retrouvées sur le blogue de Shoeclack Radio.