Heure par heure à La Grosse Lanterne 2016

Quelques sachets de riz plus tard, mon cell est revenu à la vie. J’ai pu par la même occasion récupérer les notes que j’ai prises au fil de mon séjour à Béthanie. Voici donc un recap, heure par heure, de mon aventure remplie de bouette et de fous rire.

Vendredi

22h53 : Ère pré-déluge. Nous arrivons au campement et montons notre tente dans l’obscurité la plus totale. Opération délicate qui ne se fera pas sans heurts. Énumérons :

Entouré de mini-tentes, notre huuuuuge palace (qui peut contenir un quintette bien confo) s’attire les foudres de quelques festivaliers prolétaires et un peu grelots qui nous narguent comme si on était débarqués en VR.

Ils ont parfaitement raison : faute d’espace, c’est à cheval dans un marais qu’on installe notre somptueux Taj Mahal. Ça s’annonce bien…

Sergio, notre ami haut comme 3 pommes mais qui est la Penny Oleksiak des 40 onces de rhum, nous aperçoit au loin, file nous rejoindre, interrompt notre chantier et nous étreint d’un enthousiasme légendaire. Compte tenu de la flopée de piquets et de cordes dans les jambes, cette suite d’actions nécessite une certaine motricité fine. Sergio peut se targuer de jouïr quotidiennement d’une telle coordination, généralement entre 8h et 13h. On est malheureusement à l’extérieur de cette plage horaire – Sergio, chaud comme un Polonais, trébuche et s’effouerre sur la tente voisine (tente qui, au terme du périple, se méritera la palme de l’installation la plus aquatique). Maugréant contre nos lampes frontales qui l’auraient aveuglé, Sergio se relève et disparaît au son rythmé de Brown.

Constat : on a visiblement du rattrapage à faire niveau éméchage.

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23h46 : On pousse des « oooh » et des « aaah » devant les installations lumineuses dignes de Moment Factory qu’on trouve un peu partout sur le site. On tombe alors sur une installation sonore qui se résume à un micro avec beaucoup trop de reverb posé devant des marionnettes géantes. En prestation improvisée ce soir : un duo lyrico-houblonneux composé d’une genre d’Enya qui pousse des sons elfiques et d’un joueur de Boréal qui tortionne sa cannette à 2 pouces du micro. Tandis que je me demande si c’tait pas Saratoga parti sur la brosse, j’aperçois dans les sous-bois un maquilleur se poudrant l’nez. Voilà toutes sortes de choses qu’on risque moins de voir à Foresta Lumina, mettons.

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00h38 : Alors que le délire Moonshine se met en branle, on retrouve Sergio alias la petite batterie de char en pleine séance de danse lascive avec des individus non-consentants. La méthode Sergio consiste à se glisser derrière un inconnu, bouger frénétiquement son bassin contre cette personne et passer rapidement à un autre fessier jusqu’ici inexploré. Tout ceci est foutrement bidonnant jusqu’à ce qu’une andouille de première classe repousse de façon cavalière notre jovial compagnon, ce qui met fin à sa croisade sensuelle.

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01h14 : Sergio n’est pas en reste. Sans crier gare, il retire un à un ses vêtements pour n’être plus qu’en slip doré (qu’on aurait dit emprunté à Cédric des Marinellis). À l’instar d’une Khaleesi, il monte alors sur le stage pour être auréolé par une foule qu’il a d’ores et déjà conquis, un coup de hanche à la fois. Ce sera le haut point de notre première soirée dont le reste de mes souvenirs se bousculent dans un méandre sinueux et glissant, à l’image des chemins de terre du site.

Samedi

09h33 : Réveillés et prêts à affronter le 100% de probabilité de pluie de grenouilles qu’on annonce, on file manger une « ploye » aux cretons chez Landry & Filles. Selon ce qu’on nous explique, c’est une crêpe de sarrasin épaisse et spongieuse. Comme dirait Simba, « un peu gluant, mais apétissant! »

10h18 : De retour au bivouac, on retrouve nul autre que Sergio, frais comme une rose et particulièrement bien sapé avec sa chemise carottée des grandes occasions. Entre deux rasades de Gatorade, il nous offre un sourire Sensodyne et s’écrie avec un emballement matinal inégalé : « OSTI QUE J’AI HÂTE AU MATOS ». À noter ici que Le Matos prendra le contrôle des platines à 23h, soit dans approximativement 12 heures. Je regrette alors de ne pas porter de chapeau, un chapeau que j’aurais immanquablement levé devant une telle vitalité.

12h12 : Ce n’était donc pas Saratoga les deux louches au micro hier soir.

13h40 : Le bastion Marinellis nous force à nous délier les jambes avec leur rock de garage qui sonne particulièrement trash ici, dans la cabane de bois. Pour une rare fois, le chanteur reste habillé pendant tout le show ce qui ne l’empêche pas de faire ses habituelles culbutes. On se fourre des petits morceaux de papier de toilette dans les oreilles pour assurer la pérennité de nos voies auditives. Faut ce qui faut.

Les Marinellis

Les Marinellis

 

15h25 : Toujours dans la cabane de bois (y pleut des cordes dehors), on est tous sardinés les uns contre les autres pour entendre Safia Nolin. À côté de nous, un homme tient un mini bébé dans ses bras. J’en suis sûr, celui-là vient de naître. Ça sent le liquide amniotique. En bon papa, l’homme a posé des écouteurs Bose sur la minuscule tête de son rejeton pour la même raison que j’ai du papier cul dans les oreilles. J’envoie un clin d’oeil complice au petit. Pour ce qui est du show, Safia et son boy à la guit disent toutes sortes de choses rigolotes, que j’ai pas prises en note. Sorré !

Safia Nolin

Safia Nolin

 

17h05 : Dame nature déverse son fiel sur “Bouetthanie” pendant la prestation de Heartstreets, mais on s’en fiche; les deux rappeuses ont l’air franchement heureuses d’être là et, par conséquent, elles affichent des sourires radieux qui plaisent à leur tour à Aline, la photographe de Shoeclack, qui trouvera la prestation toute en chevelure de Chocolat beaucoup moins photogénique.

Heartstreets

Heartstreets

 

18h37 : Ah bin! Klô Pelgag pis sa gang atriqués en fruits.

Klo Pelgag

Klo Pelgag

 

19h12 : Au stand à hot-dog, Sergio, dans un improbable éclair de lucidité, pointe l’inscription « Saussice » et relève l’erreur d’orthographe.

Hot-Dog

 

20h12 : C’est le déluge! On se force pour continuer de sautiller pendant Groenland, mais la flaque d’eau emprisonnée dans nos bottes de pluie nous rappelle que notre vie c’est d’la marde. On a bien hâte de l’entonner avec Lisa Leblanc.

20h49 : Notre Lisa nationale donne tout un show. Tellement que la foule se met à scander « Lisa, Lisa, Lisa ! ». Ce à quoi elle répond, confuse : « Ben voyons, j’suis déjà right here la gang ! »

21h22 : Comble de malheur, Lisa doit abréger son show parce qu’une couple de techniciens vraiment pas YOLO craignent qu’elle s’électrocute. Trempés jusqu’aux os, on aura pas eu le temps de chanter Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde. Un peu comme en 1980 et en 1995, on passe aujourd’hui à côté de l’Histoire.

21h44 : Inconsolables, on profite du temps mort pour aller bouffer. On tombe alors sur la vente de feu du foodtruck de charcuterie porcine (me rappelle pu du nom, mais le logo est un cochon cannibale qui s’apprête à manger un gros morceau de jambon). La propriétaire, Josée, et son fils, étrangement végétarien, cuisent des saucisses, des côtes levées, du bacon, des côtelettes, qu’ils distribuent gratuitement avec des oreilles de christ aux quelques chanceux attroupés devant eux. En veux-tu en voilà ! Avec la fougue de Xéna la guerrière, Aline se place à l’avant-scène et saisit les charcuteries bouillantes d’huile dès leur départ du BBQ pour nous les refiler par la suite. Y’a pas à dire, on a vraiment la meilleure photographe!

22h08 : On retourne voir l’état des lieux au campement en redescendant le sentier désormais écluse. Plusieurs tentes ont complètement foutu le camp. Mais la nôtre se dresse là, droite, fière et quasi-sèche. Sierra Designs Bedouin 8. $229.95. Cloison séparative. 2 vestibules spacieux. 8 porte-gobelets.

22h11 : Une hystérique interrompt alors notre inspection océanographique en gesticulant dans tous les sens et en nous implorant de lui décâlisser la sangsue pognée en-dessous de son pied droit. Essaye de rassurer la pauvre fille. Cherche le sel. Trouve le sel. Garroche le sel sur son pied. Pas facile quand la sangsue est en-dessous du pied. Évalue qu’il nous reste environ 30 secondes avant que la sangsue ait toute sucé son sang. Frotte fanatiquement le sel sur son pied. Sangsue décolle. Larmes de soulagement.

22h20 : Ragaillardis, on se dirige vers la scène principale pour aller découvrir les finalistes de secondaire en spectacle : les Dead Obies. Beaucoup de potentiel!

C’est ici que mes notes s’arrêtent. Pas longtemps après, mon cell a rendu l’âme. Tant mieux, j’avais pas mal épuisé mon champ lexical aquatique. Je soulignerai au passage le set du Matos, à la hauteur des attentes de Sergio, même si ce dernier a plus d’une fois gueulé : « MATOS JOUE TES TOUNES ! » Et je retiendrai la réplique de Sergio (who else?) quand Shash’U a prétexté, vers les 3h, que « y’a des matantes dans le coin » pour mettre fin à son show. Ce à quoi Sergio a rétorqué avec la conviction d’un GND : « ON EST DES MATANTES ! »

Merci aux pitreries d’un Sergio. Merci au réconfort maternel d’une Josée. Merci à la détermination sans bornes d’une Aline. See you next year, beau temps, mauvais temps.

About Lambert Desrosiers-Gaudette